Hotel d’Escoville – 12 Place Saint Pierre – 14000 CAEN – Tél. : 02 31 86 14 16

L'académie

Histoire de l'Académie

Fondation

L'Académie littéraire est due à Jacques Moisant de Brieux, riche bourgeois caennais, qui sera anobli par Louis XlV aux motifs suivants : " pour l'estime et la réputation qu'il s'est acquises parmi les savants et les gens de lettres " ; Moisant possède la plus belle maison de Caen : l’hôtel d'Escoville, Où il reçoit la compagnie formée en l652, dont Pierre Daniel HUET dira plus tard qu'elle était composée de "sujets si éminents dans les lettres, qu'il eût été malaisé de trouver dans aucune des académies du royaume et de celles de l'Italie tant de personnages illustres par leur savoir"

Ces personnages (et quelques autres) porteront bien haut le renom de l"Académie de Moisant de Brieux ".

Les réunions hebdomadaires ont lieu sous le protectorat de Moisant de Brieux à l'Hôtel d'Escoville de l652 à l674.

On compte une trentaine d'académiciens, recrutés au fil du temps par cooptation (ils sont généralement une dizaine en séance).
Certains d'entre eux quitteront la France à la suite des difficultés religieuses de l'époque.

Essor

Après la fondation et jusqu'à la Révolution, l'activité de l'Académie s'accroît progressivement, avec néanmoins des hauts et des bas et même une période d'inactivité totale de 14 ans, mais l'Académie se pérennise, et comme le phœnix elle renaît toujours de ses cendres.

1674-1685 Après la disparition de Moisant en l674, les Matignon père et fils, adjoints du Gouverneur, prennent en charge les académiciens qui, à la mort d'Henri de Matignon en l682, sont obligés de quitter l'Hôtel d'Escoville (en l'absence de recrutement, il en subsiste alors une dizaine) ; les intendants prennent le relais (Meliand, Morangis), et accueillent les académiciens dans les locaux dont ils disposent.

1685-1701 Regnault de Segrais rassemble les six académiciens restants, recrute de nouveaux membres et reçoit l'académie dans son hôtel caennais, aménagé pour la circonstance; on se retrouve alors aux environs de 35 membres, dont le plus connu hors de Caen est peut-être Antoine Galland, traducteur des Mille et une Nuits.

1701-1714 A la mort de Segrais (l701), son beau-frère Croisilles propose à son tour sa propre demeure; on nomme Protecteur l'intendant Foucault, qui va obtenir du Roi en 1705 des Lettres Patentes, dont l'article 12 précise " la pureté de la langue devant être le principal objet de l'académie ..." (c'est la seule académie à laquelle le Roi fixe cette mission précise).

Les lettres patentes sont des lettres revêtues du grand sceau de l'état que le Roi adressait " ouvertes " aux parlements. Elles s'opposent aux lettres de cachet, lettres " fermées " d'un cachet du Roi et qui contenait un ordre de sa part, généralement en vue de faire emprisonner un haut personnage (définition du Larousse).

Les lettres patentes avec les statuts de l'académie datent de 1705.

Statutairement, il est prévu 30 académiciens titulaires et 6 ecclésiastiques surnuméraires.

Après le départ de Foucault, Croisilles veut être nommé Directeur perpétuel ; devant l'opposition de la majorité des membres de la compagnie, il leur ferme sa porte purement et simplement sous prétexte de voyage.

1714-1731 Les réunions académiques ont cessé, mais les académiciens ne se découragent pas et finissent par se tourner vers le pouvoir religieux; ils proposent le Protectorat à Mgr François de Lorraine, évêque de Bayeux et cardinal, qui hésite, fait part de ses scrupules et meurt en 1728. Monseigneur de Luynes accepte, lui, dès sa prise de possession de l'évêché de Bayeux en 1730, de devenir le nouveau Protecteur et invite aussitôt les académiciens chez lui.

1731-1753 Nouveau départ : il reste 14 académiciens, on complète leur nombre et jusqu'en 1753, tous se réuniront chaque semaine au palais épiscopal. Outre le P. Porée, le Recteur Crevel, le talentueux François Richard de la Londe, le Maire de Caen Blouet de Than, l'académicien le plus connu de cette époque est le P. André, professeur de mathématiques, auteur de l' Essai sur le Beau.

C'est une période féconde, au cours de laquelle on reçoit les premiers associés, Helvétius, le peintre Restout, mais Mgr de Luynes est nommé à Sens en 1753.

1753-1774 Grâce à Blouet de Than, les académiciens vont regagner l'Hôtel d'Escoville devenu la Mairie.

Le choix du Protecteur par l'Académie se porte maintenant à nouveau sur l'autorité politique, en l'occurrence l'intendant Orceau de Fontette, homme actif, imaginatif, soucieux de sa "gloire", mais autoritaire et même prévaricateur. Fontette recevra un grand nombre d'associés, proposera des prix sur sa cassette personnelle et financera de même pendant plusieurs années la publication des Mémoires de l'Académie.

Parmi les académiciens les plus connus, sont alors admis, titulaires ou associés, Fréron, Élie de Beaumont, le Chevalier Turgot,  Dupont de Nemours.

Du Pont de Nemours (Biographie)

(Pierre Samuel) 1739-1817

" Membre de l'Académie de Caen en 1769 "

Du Pont de Nemours, le fondateur de la dynastie, s'appelait à l'origine Dupont. Il fut anobli en 1784 et devint Du Pont ; il précisera de Nemours lorsqu'il sera élu à l'Assemblée Constituante en 1789.
Il est à ses débuts l'ami et le disciple du Dr Quesnay, il composa avec lui son Traité de la Physiocratie en 1768

Cet économiste devient de 1774 à 1776 un des collaborateurs de Turgot au Ministère des Finances. Il devient aussi l'ami de Lavoisier ; sous le premier ministère de Necker, il se voit un peu mis en disgrâce
Il est rappelé aux affaires par Vergennes et participe à la rédaction du Traité de 1783 reconnaissant l'Indépendance américaine. En 1785, Du Pont participe avec Lavoisier à la création du Comité d'Administration de l'Agriculture et il sera par la suite un des créateurs des Assemblées Provinciales. Lors des Etats-Généraux, député du baillage de Nemours, il sera élu à la Constituante où ses interventions sont nombreuses en matière d'économie et de fiscalité. Il est Président de l'Assemblée Constituante en 1790
A la fin de 1791, il se retrouve sans travail et Lavoisier lui prête de l'argent pour acheter l'imprimerie de l'Hôtel de Bretonvilliers, ancienne imprimerie de la Ferme Générale qui vient d'être supprimée.
Il combattit la création des assignats, resta fidèle au Roi et dut se cacher durant la Terreur. Il fit partie du Conseil des Anciens en 1795

Pierre Samuel Du Pont de Nemours, emprisonné à la veille de Thermidor, a échappé à la guillotine grâce à la chute de Robespierre et mènera une existence discrète de 1793 à 1799, date à laquelle il part pour les États-Unis avec son fils cadet Eleuthère-Irénée qui sera le créateur de l'actuelle firme Dupont de Nemours. C'est celui-ci, filleul de Turgot, qui a bénéficié dès son jeune âge de l'amitié de son père avec Lavoisier, lequel l'avait d'ailleurs pris comme chimiste dans la poudrerie de l'Essonne et c'est ce savoir-faire qui assurera sa fortune, car il créera une fabrique de poudre pour éviter d'importer celle-ci d' Angleterre. 

Nous possédons une lettre de1766 adressée à l'Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Caen, avant donc son élection à l'Académie :

Cette lettre vante les mérites de L'économie politique et situe d'une façon très élogieuse l'Académie de Caen dans son rôle social.

Ainsi Dupont de Nemours offre 2 ouvrages exposant sa doctrine : qui n'est " nullement étrangère à vos travaux" et " méritait que vous vous en occupassiez, comme vous l'avez fait, d'une manière spéciale. Le privilège d'éclairer les hommes en tous les genres est le plus digne apanage des compagnies illustres qui comme la vôtre se sont consacrées à l'instruction du genre humain"

 

 

Témoignage de notoriété : en 1754, le roi Stanislas demande à l'Académie de Caen de s'associer à la toute jeune Académie de Nancy. Caen accepte volontiers et remercie le roi. En définitive, bien que contrasté, le bilan de Fontette apparaît plutôt favorable à l'Académie.

1774-1792 Fontette quitte sa charge. L'Académie tente de s'attacher son successeur Esmangart, puis rencontre un accueil favorable auprès du Duc d'Harcourt, Gouverneur de Normandie. Le ton des communications présentées alors reflète bien l'esprit de cette fin de siècle.

Parmi les Académiciens de cette période, citons l'Abbé de l'Épée, qui structure la langue gestuelle, déjà en partie existante, pour les sourds-muets, et Brémontier, qui préconisa la fixation des dunes avec des plantes maritimes.

Renaissance

Après la Révolution, l'Académie ressuscite

1792-1800 Toutes les Académies sont officiellement supprimées par la Convention en 1793. Aucune réunion n'a donc lieu, chacun s'attachant à des préoccupations plus immédiates.

A partir de 1800, l'académie se reconstitue grâce au Préfet Dugua, d'abord sous le nom de "Lycée", puis en reprenant dès 1802 son ancienne dénomination d' "Académie" (avec officiellement un objet élargi aux Sciences et aux Arts).

Les Statuts prévoient à nouveau 36 sièges numérotés; 11 de ces sièges sont occupés par d'anciens Académiciens d'avant la Révolution.

Les réunions se tiennent à la Préfecture, puis derechef à l'Hôtel d'Escoville et dans les locaux du nouvel Hôtel de Ville Place de la République.

Au cours des XlXe et XXe siècles, l'activité académique connaît heureusement une moindre agitation que précédemment : elle reste continue jusqu'à nos jours malgré toutes les vicissitudes politiques ou militaires ; des " MEMOIRES " paraîtront assez régulièrement, surtout à partir de 1811, avec une périodicité le plus souvent annuelle.

La Compagnie sera reconnue " D'UTILITÉ PUBLIQUE " par Napoléon III en l853, ce qui rendra possibles les dons et legs, ces derniers destinés à la dotation de plusieurs prix (Le Sauvage, Dan de la Vauterie, Lair, Moulin, de La Codre) qui seront distribués jusque dans les années 1930, après quoi ils disparaitront, victimes des dépréciations monétaires.

Beaucoup de titulaires ou d'associés ont laissé un nom dans l'histoire locale ou nationale. Qu'il suffise de rappeler parmi les titulaires les fondateurs des prix mentionnés ci-dessus , ainsi que le P. Jamet, fondateur du Bon Sauveur et d'une école de sourds-muets, le poète Le Flaguais, et les universitaires Charma, Hippeau, Travers, Gasté, Prentout, Lavalley, Morière, Robillard de Beaurepaire sans oublier le maire Bertrand, le collectionneur Mancel ni le célèbre Arcisse de Caumont.

L'Académie s'est aussi largement ouverte aux associés de toutes disciplines, on peut relever les noms de : Desgenettes, Laplace, Lacépède, Octave Feuillet, Camille Flammarion, Léopold Delisle, aussi bien que ceux de Lamartine, Tocqueville, Boucher de Perthes, Leverrier, ou plus près de nous le mathématicien Henri Poincaré, Guimet, le fondateur du musée, et même Paul Deschanel en tant qu'Académicien Français.

Aujourd'hui

Après la Libération, l’Académie a regagné son siège initial à l’Hôtel d’Escoville où la Ville de Caen met à sa disposition des bureaux et des salles de réunion. Sa bibliothèque, accessible à toute personne intéressée, est un peu à l’étroit dans son local actuel, mais des solutions sont à l’étude. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les archives ont subi de lourdes pertes, mais celles qui ont échappé à l’incendie sont consultables aux archives départementales du Calvados. La collection des Mémoires de l’Académie, dont les plus anciens volumes remontent au Premier Empire, a été numérisée et les volumes sont accessibles sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

Les statuts régissant l’Académie sont régulièrement refondus et la dernière version a été approuvée par le ministère de l’Intérieur le 12 mars 1999, et le Règlement intérieur mis à jour en séance privée du 27 avril 2019.

Depuis 1996, l’Académie décerne chaque année son Prix littéraire au cours de sa séance publique de décembre.

Au 31 décembre 2019, 105 membres associés , 45 académiciens titulaires d’un fauteuil numéroté et 6 académiciens honoraires composent l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen

Principales dates
de l'histoire de l'académie de Caen

  • 1652

    Des réunions littéraires constituant le noyau de la future Académie, se tiennent autour de Moisant de Brieux à l'hôtel du Grand Cheval, ou d'Escoville, place St Pierre à Caen. Ces réunions durent jusque vers 1701, sous la direction de Regnault de Segrais.

  • 1662

    Premières réunions de l'Académie de Physique de Caen autour d'André Graindorge et Daniel Huet.

  • 1667

    Des Statuts sont accordés à l'Académie de Physique, qui se disperse pourtant en 1676.

  • 1705

    Lettres Patentes de Louis XIV établissant officiellement l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, qui retombe en sommeil vers 1714.

  • 1731

    Monseigneur de Luynes devient Protecteur de l'Académie.

  • 1753

    L'Académie reprend ses séances à l'Hôtel du Grand Cheval, sous la direction de l'Intendant Fontette.

  • 1754

    Publication du Tome 1er des Mémoires de l'Académie.

  • 1793

    La Convention supprime les Académies.

  • 1800

    Le Préfet Dugua ressuscite l'Académie sous le nom de "Lycée".

  • 1802

    L'Académie prend son titre définitif d'Académie des Sciences Arts et Belles-Lettres de Caen. Elle n'a pas interrompu son activité depuis lors.

  • 1811

    Reprise de la publication des Mémoires.

  • 1853

    L'Académie est reconnue d'utilité publique par le Décret impérial du 10 Août.

  • 1874

    L'Académie se donne les Statuts qui resteront en vigueur jusqu'en 1999.

  • 1955

    L'Académie tient une séance publique solennelle à l'occasion du 4ème Centenaire de Malherbe.

  • 1970

    L'Académie fixe de nouveau son siège à l'Hôtel d'Escoville acquis par son fondateur Moisant de Brieux.